Le lundi d’avant
Un entretien client produit deux choses : une conversation et une liste d’engagements pris à l’oral. Envoyer un document, rappeler à telle échéance, vérifier un contrat, revenir avec une simulation. Dans ce cabinet, ces engagements vivaient sur un carnet, sur des post-its, et dans la mémoire de l’agent.
Autour, un environnement verrouillé : le poste métier sous Citrix, la messagerie contrainte, les contacts dans le téléphone. Une application de tâches avait été essayée puis abandonnée, pour une raison qu’on entend rarement dans un cahier des charges : « quand on coche, ça disparaît ». Le cabinet ne voulait pas seulement créer des tâches. Il voulait garder la trace de ce qui avait été fait.
Ce que ça coûtait
Le carnet tient tant que la journée est calme. Passé un certain rythme, il devient un pari. Et dans ce métier, un rappel qui ne part pas n’est pas une négligence administrative : c’est une relation qui s’abîme, avec quelqu’un qui vous a confié sa maison ou sa santé.
À cette contrainte s’en ajoute une seconde, non négociable : les données du portefeuille sont des données d’assurés. Elles ne peuvent pas partir se promener.
Comment on a travaillé
Juillet 2026. Un plan de travail en sept chantiers, puis la base : la connexion à l’espace Google du cabinet et l’import de plus de mille contacts, pour que le registre parte de quelque chose de vrai.
Avant de toucher à une IA, la règle sur les données. Un pseudonymiseur tourne sur le poste et remplace les identités dans les exports de portefeuille, éprouvé sur un export réel. Les identités sont remplacées avant tout traitement par une IA.
Puis le registre, et la chaîne. L’agent enregistre son entretien avec un petit enregistreur. L’enregistrement devient un compte rendu, le compte rendu devient des tâches proposées, et chaque tâche attend la validation de l’agent avant d’exister. La chaîne est en production depuis le 5 août. Le déploiement passe par une API, plus par des copier-coller.
Ensuite, l’exploitation : une limite de grille corrigée fin août, une correspondance de colonnes corrigée début septembre, dix-sept versions du registre. La mise en ligne ouvre une phase, elle ne la clôt pas.
Ce qui tourne aujourd’hui
Un registre qui conserve le suivi dans une structure commune, avec les contacts comme point d’appui. Une chaîne qui transforme chaque rendez-vous enregistré en compte rendu et en tâches, sans ressaisie. Un outil de pseudonymisation qui prépare les traitements sans exposer les assurés.
Le même moteur est à trois stades différents : ce cabinet en production, un deuxième en pilote, un troisième en cours de livraison.
Technique : application de registre, Google Sheets, intégration d’un enregistreur Plaud, pseudonymisation locale, déploiement par API.
Ce que ça a changé, et ce qui reste
Le carnet n’est plus le maillon faible. L’agent sort de son entretien avec le compte rendu écrit et les engagements posés devant lui, à valider ou à écarter. Il garde la main sur ce qui existe et ce qui n’existe pas.
Le signal que je retiens : la collaboratrice du cabinet m’a envoyé, d’elle-même, un cahier de demandes qu’elle avait préparé avec une IA. Quand l’équipe se met à formuler des besoins à partir du système, le système est adopté. Ce qui reste : mesurer l’usage dans la durée, avant de parler de gain commercial.
Si vous vous reconnaissez
Si vous êtes dans un métier réglementé et que c’est la raison pour laquelle vous n’avez encore rien tenté, cette contrainte est une donnée d’entrée du diagnostic, pas un obstacle qu’on découvre à la fin.